16/11/2016

Racisme francophone anti-wallon: ses racines et ses manifestations

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21:39 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/04/2016

Le français imposé brutalement aux Wallons

Français contre wallon : une réalité brutale

  (extrait d’un livre à paraître)

 

 L’éradication des langues et des cultures : une forme de racisme

 

 

Aspect général

  L’aliénation linguistique

 

Quel était donc cet état d’esprit qui rendit tant de gens honteux de leur langue?  C’est bien regrettable, ceux qui auraient dû, de par leur profession, éclairer les autres à ce sujet participèrent aussi en tant que membres de leur communauté d'origine à l'indifférence concrète des dirigeants et des classes supérieures correspondant à l'incrédulité des masses. Cela explique le peu de prises de position d' hommes de science et leur relative absence des lieux de combat, c'est que ceux-ci, en général, se moquent bien de l' existence des civilisations dont ils prétendent à la compréhension.[1]

Pourtant, partout où s'est pratiqué l' exclusivisme linguistique, les thèmes invoqués ont été analogues.  D'abord exalter la langue seule reconnue et méconnaître, déprécier les autres idiomes préalablement rabaissés au rang de 'patois' (N.B. En France, tout ce qui n' est pas français est du'patois') inférieurs, informes, à peine humains. Ceci à l' aide de slogans répandus en direction des masses : « Défense de parler breton et de cracher par terre » ou, à l'intention des Catalans « Soyez propres, parlez français » ou bien « Espagnol, n' aboie pas, parle la langue de l'Empire », et « Habla cristiano » (« Parle chrétien ») à l'intention des Basques, ...  Cet effort de dévalorisation s' accompagne naturellement de toutes les mesures pratiques instituées pour propager une langue et entraver les autres, la première étant évidemment le monopole de l'enseignement...

Le parler maternel sera même chassé de l' école à défaut de pouvoir le chasser complètement des cerveaux. Cette dernière préoccupation était exprimée par la méthode de l' "objet” (ou symbole, sabot, bouchon, bobine, signum, signe d'infamie, etc.) pratiquée dans toutes les écoles publiques et privées des régions à minorité linguistique de France: elle consistait à confier un objet quelconque au premier enfant laissant échapper un mot de 'patois', quitte à ce qu' il le repasse à un autre surpris à commettre la même faute, et, à la fin de la classe, le dernier détenteur de l' objet assurait les corvées de balayage, et autre.  Ce procédé qui utilisait toutes les techniques psychosociales répressives du refoulement, de la censure, de l'espionnage, de la délation, de l'ostracisme et de la mortification a marqué des générations d'enfants et semble avoir été abandonné.  Le non-enseignement de la langue ethnique est essentiel car, selon la formule de Camille Julian: Une langue qu' on n' enseigne pas est une langue qu'on tue d'autant plus qu'on en enseigne une autre. [2]

 Les autres mesures d' éradication apparaissent alors secondaires et peuvent varier sensiblement suivant le degré de libéralisme des régimes.  Elles vont du simple refus de recevoir des textes et déclarations rédigés hors de la langue nationale et du non-emploi dans les mass-media, jusqu'à l'interdiction formelle d' utiliser en public, et même en privé, la langue proscrite, l' effacement des enseignes, des inscriptions tombales, le changement systématique des patronymes et des toponymes.

 On peut parler à cet égard d' entreprises de linguicide à distinguer du génocide, l’anéantissement physique d'un peuple et de l'ethnocide, la dilution d' un peuple par élimination de sa culture propre (religion, coutumes, organisation).  Peu d' Etats, d'églises et d'institutions se glorifient de l'un ou de l'autre, mais beaucoup y concoururent en toute quiétude avec la tranquille assurance de ceux qui croient représenter les formes supérieures de la pensée et de l'humanité face aux êtres 'irrationnels' qu'étaient censés être, par exemple, les Indiens d'Amérique.

On voit mal de nos jours ce que la collectivité nationale ou internationale gagne à la disparition d'une langue et on peut se demander s'il y aurait progrès réel à ce que le monde ne connaisse plus qu' une seule langue vivante.  Sur une planète où l'on songe à protéger les espèces en voie de disparition, il semble urgent de veiller aussi au maintien des petites langues vivantes comme autant de formes menacées de la pensée humaine, du patrimoine culturel commun." [3]

 

Conséquences graves de la déculturation

 

Ainsi, les phénomènes de déculturation, étudiés jusqu'à présent essentiellement sur des populations d’Amérique du Sud mais observables également en Europe dans certaines régions telles que la Wallonie, sont aisément décelables lorsqu' ils se situent dans des régions bilingues, du fait qu'ils s'accompagnent alors de la perte progressive de la langue traditionnelle.  L'évolution collective d' un unilinguisme A vers un unilinguisme B, en passant par un bilinguisme AB puis un bilinguisme BA, apparaîtra donc comme un signe de déculturation et sera accompagné de phénomènes économiques (récession, sous-emploi, etc.), sociologiques (perte de l'élite, modèle social importé,etc.), et même physiologiques s'il faut admettre l'explication de la diminution des taux de natalité comme étant une des conséquences du phénomène de déculturation.[4]

Toujours en Belgique, parce qu'elles parlaient le wallon, les générations précédentes furent punies sur les bancs de l' école, ce qui les rendit complexées ...  D’autre part, nous constatons que les jeunes Wallons, à de très rares exceptions près, ont trop peu d'esprit d' initiative, ils n’« explosent » pas comme la jeunesse d' autres communautés. Nous n’avons pas hésité à établir un lien entre ce manque d'initiative et ce complexe d'infériorité. Il nous manque une sûreté de soi, une fierté intérieure.[5]

A ce sujet, René Swennen, avocat liégeois, évoquait à propos de la Wallonie « les symptômes sociologiques de la décadence..., l’anesthésie d' une culture d'imitation. »[6]

Au niveau culturel, la Wallonie subit dès lors une double domination culturelle, anglophone et française; par rapport à la culture française, elle connaît le même type de dépendance que les régions de France (Bretagne, Occitanie, ... ). [7] 

Dans le monde de la chanson, il ne fait pas bon être belge..., affirme une chanteuse du nom de Fanny. “Je reste très frappée par le complexe réel qui existe quant à nos voisins français”, ajoute-t-elle. “Hélas. ce phénomène ne se limite pas au disque.  La littérature, le theâtre ou le cinéma en sont aussi frappés.”[8] 

En littérature, les auteurs wallons (sic) les plus engagés sur le plan littéraire - on pense notamment à Marcel THIRY - sont curieusement désengagés sur le plan social ou wallon.[9]

En Belgique wallonne, nous assistons bel et bien depuis des décennies à un génocide culturel.[10]   Un Ardennais, A. Lenfant, utilisera même des paroles dures envers les Wallons: “Celui qui pour quelque motif que ce soit, renie la langue de ses ancêtres mérite le mépris; car dès l'instant où il a pris cette décision, il a cessé d'être un homme pour n' être plus qu' un valet.” [11]  Il semble qu’il ne faille aller jusque là pour l’ensemble de nos compatriotes francisés malgré eux.

  

Eradication ailleurs

 

Il faut bien sûr replacer ce phénomène d’aliénation dans un contexte global, depuis une époque où l’on songeait déjà à “un peuple, une nation, une langue ”.  On sait ce qu’il en advint avec la colonisation, l’entrée au pouvoir de Staline, de Hitler et de Mao... et le néo-colonialisme.

En voici des exemples dénoncés par des intellectuels clairvoyants.

  

ESTONIE

Les minorités (russe surtout) représentent maintenant non plus un dixième, mais un tiers de la population.  “Cela en dit long sur le respect des Russes envers les pays où ils sont venus s’installer, le fait qu’en un demi-siècle, ils n’ont jamais fait l’effort d’en apprendre la langue”, tonne le ministre estonien des Affaires étrangères, Toomas Hendrik Ilves, dont la mère est russe.  “Sous l’occupation soviétique, quand vous leur parliez autrement qu’en russe, ils vous sommaient de vous exprimer dans une langue humaine!”[12] 

 

FRANCE

En Occitanie, "cet handicap, c'est l' ignorance de notre patrimoine culturel occitan, de son importance et de sa richesse;  c’est la propre déconsidération, de notre langue ou de notre accent dans l' idée de ceux qui veulent faire 'carrière honorable' ou qui n' ont pas le choix. de faire autrement; c'est le sentiment que tout ce qui vient du terroir ne peut tenir une place respectable dans l'échelle des valeurs artistiques; c’est la trace laissée dans la conscience collective d’ un peuple de 13 millions de personnes par 700 ans de discriminations culturelles et ridiculisations provinciales: c’est le complexe d’infériorité.” [13]

Ce complexe d’infériorité repose sur une situation à laquelle la sociolinguistique donne le nom de diglossie, où un individu bilingue considère une des deux langues qu’il utilise comme de moindre valeur.  Ceci vaut aussi pour la communauté dont il fait partie.  Ainsi, les locuteurs ont l’impression de ne pas parler le 'vrai corse', le 'vrai breton', qui est d' ailleurs référé géographiquement à un ailleurs indéfinissable.  La localisation de cette langue est parfaitement fantaisiste... et varie selon les accidents biographiques (contact avec un parler qui a plu, qui a semblé 'élégant', lecture d' un écrivain de tel ou tel lieu).[14] 

Il faut ajouter que cette situation toutefois est en train de se modifier.   Paradoxalement, c' est sans doute le développement de l'instruction et l'élévation du niveau culturel général intervenant dans la crise générale qui conduit les utilisateurs des langues régionales à se chercher une identité culturelle ethnique, à approfondir la dialectique de l' unité nationale et des traits particuliers aux langues et cultures régionales.[15]

Des millions d’habitants de la RUSSIE, de la Chine, voire des USA n’échappent pas non plus à cette chasse aux sorcières.[16]

  

BELGIQUE

 

Contexte

Selon Anne Morelli, professeur à l’ULB, il y a en Belgique même des phénomènes de globalisation des autres, de mépris, des sentiments de supériorité, une institutionnalisation de la différence, des volontés de séparatisme ...  qui vont tout à fait dans le sens de la définition communément acceptée du mot ‘racisme’. [17]

Ainsi, des chercheurs de l’UCL ont découvert des éléments relevant du racisme culturel dans les écrits du FDF, selon Brigitte Grouwels (CVP).[18]

  

L’aliénation de trois communautés linguistiques
 

"Longtemps, les Flamands ont été brimés culturellement. Les Wallons et plus encore les Belges de langue allemande ont le sentiment de l' être aujourd'hui.” (MONTY,1980,78)

 

Le cas de l’allemand en Belgique

Ayant visité Beho, en 1979, un linguiste italien, G. Sobiela-Caanitz , atteste que cette langue est alors “largement en usage dans ce hameau du Luxembourg belge nord-oriental, tout près de Saint-Vith.  N’oublions pas l’allemand de Welkenraedt-Plombières, entre Eupen et Fouron.  Bref, « tous les droits culturels » n’ont été accordés qu’aux Allemands, à la conscience plus forte, des territoires germanophones qui, de 1815 à 1918, eurent la chance de faire partie de la Prusse rhénane; les autres, ceux de Vieille-Belgique, ont un seul droit culturel, celui de se franciser.”[19]

 

Le cas du luxembourgeois en Belgique

Une revue, Arelerland a Sprooch, qui promeut la langue et la culture luxembourgeoises, a dénoncé le matraquage subi par les habitants du Pays d’Arlon. 

En 1948, nous sommes dans le train omnibus Marbehan-Arlon.  A Hachy, de toutes jeunes filles sont montées dans le train; puis d'autres à Fouches.  Elles ont entre 10 et 18 ans et se rendent à l’école à Arlon.  A Stockem d’autres filles se joignent au groupe.  On se salue, on papote joyeusement; c’est l'heure des confidences et du "klënge Beschass".  Tout à coup, un homme d'une quarantaine d'annees se lève et crie: "Assez ! Parlez comme votre mère vous a appris.  Arrêtez de parler de la main gauche. On est en Belgique ici."

Le joyeux bavardage a été coupé net.  "On avait tellement honte qu'on n’osa même pas raconter l’incident à la maison", dira 30 ans plus tard l'une d'entre elles.

Toernich, 1963. Une jeune maman appelle le docteur X d’ Arlon pour son petit garçon de 3 ans faisant brusquement une forte fièvre.  Lorsqu'il interroge le petit bonhomme,  il constate que le garçon parle le luxembourgeois.  Aussitôt le docteur X pique une colère froide et lance une volée de méchancetés et de réflexions ironiques et acerbes vers la jeune maman.  "J'avais tellement honte " dira la maman 20 ans plus tard "que, dès que le médecin fut parti, j’ai commencé à parler le français avec mon petit garçon.  Ah! si j'avais su, si j’avais compris à ce moment-là. Wat wir ech mat him gefuer!” [20]

 

Le cas du wallon: deux siècles d’éradication

 

Aspect général

 

On a créé un sentiment profond de honte et de culpabilité si destructeur que de véritables wallonophones, pour qui c’est la langue maternelle, en sont arrivés à ne plus oser le parler en public et même parfois en famille de peur de s’attirer moqueries et mépris.  “Ils n’osent presque plus le parler qu’en cachette, entre initiés.  Il nous est arrivé de rencontrer des gens qui le connaissent bien et aiment le parler en privé mais dès qu’on leur parle en public, ils ne le connaissent plus.”[21]

Le wallon est actuellement dans le même état que celui de toutes les langues qui ont subi la dictature culturelle des classes possédantes.  Les enfants des anciennes générations wallophones ont été forcés de copier la culture de la bourgeoisie, en espérant une hypothétique promotion sociale.  Ce n' est pas le wallon en tant que tel qu'on a voulu détruire, mais en tant que les Wallons étaient signes d’une identité collective concurrente.  Promouvoir la renaissance du wallon, c'est aider à la renaissance de cette identité collective."[22]

 

18e siècle: depuis 1794[23]

Avant que la langue française ne nous soit imposée au temps de l’ère et de la révolution française de 1789, le wallon était notre langue.[24]

Ce n’est vers 1795 que le français s’est imposé administrativement et qu’il est devenu officiel lors de l’indépendance de notre pays.”[25]

Au plan local, les dialectes étaient employés couramment dans la pratique administrative orale.  Les membres des municipalités s'exprimaient dans leur patois et il ne serait venu à l’idée de personne de les contraindre à parler la langue officielle dans le cadre de leur gestion.  Cette situation était la même, que l'on fût en pays thiois ou roman. A l'école, l'instituteur, d'ailleurs peu instruit, avait devant lui des élèves connaissant uniquement, qui le flamand, qui le wallon.  L'enseignement élémentaire était donc dispensé en flamand dans les communes thioises.  En revanche, le français était imposé en région wallonne.  Il s’agissait, pour les enfants, d'une langue étrangère, indispensable puisque le wallon n'était pas une langue écrite.  La première année se passait pour une bonne part à inculquer un vocabulaire de base aux élèves.  Il en sera encore de même pendant une grande partie du 19e siècle.

Les lois, les arrêtés étaient imprimés dans les deux langues.  Il s'agissait en effet qu’administrateurs et administrés puissent prendre connaissance des prescriptions légales. La propagande devait également atteindre l'ensemble de la population; aussi les célèbres Bulletins de 1a Grande Armée étaient-ils distribués et placardés tant en flamand qu'en français.

En revanche, l'enseignement secondaire et supérieur, destiné aux classes dirigeantes, les sociétés savantes, le théâtre et les institutions scientifiques étaient totalement francisés.  C'est dans ce milieu que s'effectuent le plus commodément l'intégration entre nouveaux et anciens Français.[26]

Le wallon, racine commune, quelquefois oubliée, des populations qui vivent au sud de la Belgique s'adapte tantôt mal, tantôt mieux aux circonstances de l'évolution.  Malgré près de deux siècles de persécutions, il reste cependant la langue vernaculaire de plus de 600.000 personnes dans notre pays.  C'est ce que réaffirment périodiquement ses nombreux défenseurs. [27]

  

Eradication du wallon dans l’enseignement

 

Aux niveaux primaire et secondaire

 

 Méthodes punitives

 Dans cette chasse aux sorcières, par divers systèmes, on culpabilisa les enfants qui parlaient wallon  et on les entraîna à la délation. [28] Grâce à cette pratique, les élèves étaient punis de différentes  façons:

·      transmission d’un objet-témoin à un condisciple pris en flagrant délit de parler wallon: une petite planche (li plantchète), un coquetier, une languette en cuir, un signum; le dernier puni était, en fin de journée, soumis à une punition; parfois, c’étaient tous ceux qui étaient entrés en sa possession;

·      punitions écrites;

·      suppressions de récréations;

·      retenues;

·      port d’un bouton noir sur un vêtement, en signe d’infamie; d’une plaque du genre    «Aujourd'hui, j'ai été grossier, j'ai parlé wallon»  (Songeons à l’étoile de David, portée par les juifs dans l’Allemagne nazie);

·      octroi d’une ‘carte verte’, qui équivalait à obtenir 4 % des points (cf ci-dessous);

·      interdiction de parler wallon à la récréation;

·      interdiction de chanter en wallon, de jouer en wallon;

·      inscription sur un calepin des élèves parlant wallon chez eux, et pris à parler le wallon à l’école;

·      intimidations permanentes de la part des enseignants à l’égard des élèves qui parlaient ‘un sale patois’;

·      martyr de ceux qui ne voulaient trahir leurs compagnons;

·      etc.

 

Le français, une langue imposée

Un témoin de la région de Jodoigne (Brabant) dira: "Nos-ôtes, à l’ maujone, n'a nëk quë cauzeûve francès: c'èstot tot walon!"  On dit qu'avant la première guerre mondiale, les gens ne parlaient que le wallon, hormis le curé, l'instituteur et l'un ou l'autre notable.[29]

 

La francisation

C'est à l'école que la plupart des petits villageois de la première moitié du 20e siècle ont appris à parler le français.  A l'époque, pas mal de maîtres ne toléraient pas l'usage du dialecte dans la cour de récréation et se montraient exigeants sur ce point.

Dans certains cas, leur réprimande se limitait à un simple rappel à l' ordre. “Èt l’ mêsse vos l' fiéve dîre en francès”.  Pour d'autres écoliers, la récréation s'achevait là; ils devaient rentrer en classe, “on-èstot punë, on d'veûve copi dès punëcions”.

La volonté d'extirper le wallon des habitudes de parler des enfants prenaient çà et là des formes particulières, comme le montrent les précieux témoignages qui suivent.

D'après Jules FLABAT, vers 1900, à l'école des Soeurs de Roux-Miroir, les élèves punis portaient un bouton noir sur leur vêtement, comme "signe d' infamie".

Certains enseignants recouraient à un système basé sur une sorte de contrôle réciproque des enfants et sur la transmission d'un objet-témoin.  A l'école du Sacré-Coeur de Jodoigne, au lendemain de la première guerre, un maître disposait à cet effet d'un coquetier.  L'élève surpris à parler wallon se le voyait confier. Il le gardait en poche jusqu' au moment où il pouvait le refiler à un condisciple convaincu devant témoins d'avoir laissé échapper des mots en dialecte. Pour s'en défaire plus vite, on provoquait parfois la "faute" en énervant l'autre. En fin de journée, le détenteur du coquetier recevait une punition; par exemple, il devait copier un certain nombre de fois : "Je ne dois pas parler wallon ni à l'école ni à la maison." Henri SIMON m'a dit son désarroi lorsque, rentré chez lui avec cette punition, il était resté désespérément muet devant ses parents, qui ne parlaient que le wallon. Ce qui avait fait dire à sa mère, se tournant vers son mari : "Louwës, là l' gamin n' sét pës côzer !”  A Thorembais-Saint-Trond, pendant la deuxième guerre, l'objet-témoin était un joint en caoutchouc, partie du système de fermeture des bouteilles de bière. Là aussi, les élèves se refilaient lë pîce, mais, en fin de journée, étaient punis tous ceux qui l'avaient eue. Toutefois, d'après Jean TAETS, des garnements trouvèrent rapidement la parade en distribuant généreusement des joints dans la cour de récréation. Et le maître dut se contenter de sévir d' une façon moins systématique.

Pour terminer ce bref examen de la question délicate du wallon et de l' école, voici deux témoignages de Jauchelettois.  Tout d'abord, Auguste DETONGRE, né en 1902, rappelle que lorsque des jeunes gens de Jauchelette rencontraient leur ancien instituteur, par exemple à la kermesse du village voisin, où il s'était installé, il n'était pas question pour eux de lui par1er wallon ! Et ce malgré la gêne qu'ils éprouvaient de s'exprimer en français en présence de camarades ignorants des exigences du maître redouté. "T'aveûs peû dè causer francès pace quë l's-ôtes :”Wête ce crèvé-là 'litt. crevé : prétentieux' , cë nêgue-là 'litt. nègre : id.', in ! Po qui qu' ë s' prind?”  Cë n' èstot ni normal d' aler causer francès à l’ fièsse à ç' timps-là!"  Plus près de nous, Joseph JACQUES, né en 1940, insiste sur le fait que si les écoliers étaient contraints à éviter de par1er wallon dans la cour de l'école, certains garçons se rattrapaient bien vite lorsqu' ils se retrouvaient chez eux. Pour les adolescents, le wallon n'était-il pas le langage des hommes![30]

Même les immigrants ne furent pas épargnés.  Un témoin de cette répression parle:

“Mes premiers mots furent certainement yougoslaves parce que mon père m' y a encouragé.  Le wallon, on m'a obligé à l' oublier, à ne pas le parler. Au collège, il était considéré comme grossièreté: quand on nous surprenait à le parler, il nous valait 'la carte verte', celle qui précédait le 4 sur 100. C' est dans la rue donc que je l' ai appris."[31]

De toute la Wallonie, les témoignages sont légion.  “Des instituteurs ont cru, de bonne foi, que leur devoir était, pour répandre le français, de lutter contre le dialecte, en l'interdisant par exemple dans la cour de récréation, pis encore en le traitant avec mépris.  Un des meilleurs informateurs du Dictionnaire liégeois, Alice Gobiet, a raconté comment sa collaboration avec Jean Haust lui avait fourni la revanche d' une humiliation subie lorsqu' elle était élève à l' école normale de Fragnée.  Une de ses compagnes et elle-même furent un jour surprises à chantonner L' avez-ve vèyou passer ?, le ‘cråmignon’ de Defrecheux.  Pour ce noir méfait, elles durent entendre cette condamnation: « Il y a ici des élèves triviales, qui parlent vallon. » (Vous entendez bien: vallon, pas wallon !(sic) ); elles furent priées de quitter la salle et privées de sortie le dimanche suivant...” (rapporté par Elisée Legros, dans les Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne, XII, 1960-1972, p.24)[32]

Au cours des 'chîjes' (en centre-wallon et en ouest-wallon, ou ‘sîzes' en est-wallon), “les enfants écoutaient avidement les aînés, racontés en une langue qui leur était interdite à l'école, mais dont ils cachaient les mots. tendres et vigoureux dans un tiroir secret de leur mémoire.”[33]

“En Ardenne, témoignage oral d'Arthur SCHMITZ, et dans la région de Charleroi, l'élève surpris à parler wallon portait une plaque «Aujourd'hui, j'ai été grossier, j'ai parlé wallon». J'ai pu connaître moi-même les vexations de la part de certains profs de français particulièrement bornés - c'était il y a 20 ans, pas avant-guerre (ou alors celle du Golfe).  J.-J. GAZIAUX cite le cas d'un enfant subitement muet, déchiré entre le foyer  wallon et l'école répressive française...Combien de témoignages semblables remonteraient à la surface, si l'on cessait de les faire taire au nom de la négation de ce conflit?”[34]

Jean Haust, né le 10 février 1868, fait ses classes chez les Jésuites.  Il raconte: “Jamais aucun de mes professeurs d’ humanités ne fit allusion au wallon, si ce n’ est pour nous interdire ce langage trivial.” [35]

“A Tchèslèt / = Châtelet/, lès fréres di l’Institut Saint-Joseph doneûve au djon.ne qui d’viseut è walon, one plakète avou scrît d’ssus “Aujourd’hui, j’ai été grossier, j’ai parlé wallon!”  Li maleûreûs d’veut choûter sès camarâdes, èyèt d’ner l’plakète aus preumîs qui s’lèyèt prinde.  Li dérin r’çûvèt one pûnicion.”[36]

“Il y a cinquante ans, tout le monde parlait wallon, sauf deux ou trois personnes du village qui utilisaient le français.  Je pense notamment au curé et à l’instituteur.  Ceux-ci, infidèles à la tradition, aidés par des interdictions, voire des punitions, ont conduit la langue wallonne là où elle est.”[37]

 

 

Quand dj'alins à l' èscole èt qu'on causot patwas,

Leu bê walon d' nos ptits viadjes lucsembourjwas,

Nosse mwaîsse, qui nous-oyot, scrîjot seu s' nwâr calepin,

L' nom des cês qu' à l'escole û chez eûs l' causint,

L' nom des cês qui n‘ vlint ni « s'exprimer en français”:

I comptot bin les cheux aus grandes èscoles après.

Souvint i d’jot qu' cètèlas n' frint fin en rédacsion

Et co brâmint mwins’ peus taurd en élocucion,

Qui s’rint hossîs, chrolés coume ène fouye deu trenle,

Qui n' saurint aquawer quate pèlés mots assenle

Sins fwêre dès fautes partout, ossi grosses qu’ène maujon.

(...)

  (Joseph Guillaume, (Bertrix) LA LANGUE D'OIL DU PAYS, AL 6/3/70)

 

Pourquoi ne pas rappeler un « souvenir d’ enfance »?  « Vers 1920, alors que j'allais sortir de l'école primaire, l'instituteur nous défendait de parler le wallon, sous peine de pensums copieux et rebutants.

Dans d'autres écoles, cette interdiction revêtait un caractère sournois et révoltant.  Dès qu'un élève était surpris à prononcer un seul mot de wallon, il se voyait remettre une petite planchettes sorte de témoin d'une course de relais peu banale.  En dénonçant un condisciple, coupable lui aussi d'avoir parlé le langage maternel, on pouvait se défaire de la planchette “infâmante".  Gare à celui qui la détenait à la fin de la leçon!  Il serait sévèrement puni, tous les autres échappant au pensum par le biais d'une odieuse délation. Cette méthode qui semble machiavéliquement concertée se retrouvait en France au cours du XIXe siècle.  Il suffit de lire "La vie quotidienne des Paysans de Bretagne" par Tann Brekilien (Hachette, I966, p. 154) ou encore le roman 'Les Noisettes sauvages" de Robert Sabatier (Albin Michel, 1974, p. 243) qui relatent tous deux le recours à des moyens identiques, tant en Bretagne qu'en Auvergne.  Et il faut croire que bien d'autres régions n'ont pas échappé à ce pernicieux système.

  

On reste effaré par l'astuce de maîtres d'école dont le devoir essentiel était d'éduquer la jeunesse.  Notre devoir est d'informer nos jeunes générations de ces odieuses brimades de jadis; nous devons les rappeler à tous ceux qui les ont connues:  une délation néfaste pour arriver à étouffer notre langage maternelle et pour détruire nos particularismes.  Dans le cas de la France, Sabatier ne le dit-il pas très justement: “Il fallait faire une nation d'un seul tenant.  Et la langue des hommes, c’ est leur particularité.” »[38]

 

A Saint-Hubert, Emile PECHEUR, devenu instituteur, se souvient: 

 

E scole

 

Avant d’ sonrti à l’ coûr, lu mêsse donèt one pètite bwasse vûde à on-èfant.  Lu ci qu’ avèt l’ bwasse duvèt choûter câser lès-ontes ... en francès.  S’ il atindèt onk qui câsèt walon, I lî passèt l’ bwasse.  Bin sûr, ç’ti-là sayèt vitemint d’ ènn’ atraper on-onte qui câsèt walon po lî r’filer lu ‘signèt’ come on lumèt l’ bwasse.

Quand on rintrèt, lu ci qu’ avèt l’ bwasse avèt cent comps à scrîre: “je dois parler français.” .. èt si c’ èstèt mâ scrît ou s’ I gn-avèt one fâte, I falèt r’cumincè.[39]

 

 

Monsieur l’abbé Mouzon, de Neuvillers-Libramont, raconte:

“Raymond, rentrez en classe! me crie l’ instituteur (le meilleur homme du monde).  Et que je ne vous y reprenne plus à parler wallon pendant les récréations!”[40]

Jacques Werner, secrétaire communal de Hamoir-sur-Ourthe, passionné par la culture wallonne, s’est penché sur les chances d’avenir de langue wallonne dans un mémoire de sociologie qui lui a permis d’obtenir le grade de licencié en sciences politique économique et sociale à l’UCL.

Il a interviewé de nombreuses personnes triées sur le volet.

Les réactions des uns et des autres sont significatives.  “J’ai été puni à l’école parce que j’ai été surpris à parler  wallon...”, raconte une des personnes interrogées.  Signe d’une épuration culturelle consciente pratiquée après la Première guerre mondiale en Wallonie.  Pas sûr qu’elle soit d’ailleurs partout stoppée... [41]

Enfin, Roger Viroux, militant wallon, affirme lui aussi que l’école s'est acharnée contre notre langue: “Vers 1900, une soeur de l' école Sainte-Marie à Fosses dit à ma mère (NDLR. ma propre grand-mère) - et aux autres filles: “Avec votre sale patois!”

Le français, lui, était sans doute propre.  Combien d'écoles n’ ont-elles pas ensuite, même pendant la guerre, encouragé la délation, en donnant à la récréation, au premier élève surpris à parler wallon, un bout de bois, le "signum”, que le détenteur remettait à un autre "délinquant" et ainsi de suite.  Le dernier détenteur était puni.  J'ai connu un garçon qui a dû quitter l'école où il était entré après un mois, car il refusait de faire punir un autre, gardait donc le signant et était puni tous les soirs.  J'ai été culturellement colonisé dès l'école, alors que je n'ai jamais utilisé un seul mot de français chez moi.”

Les adversaires les plus acharnés du wallon ont donc été au dix-neuvième et au début du vingtième siècle les enseignants; maintenant, ce sont les meilleurs défenseurs!

Nous n' avons pas le droit de laisser disparaître un patrimoine pareil . On dépense beaucoup d' argent à sauvegarder certains acquits, mais nous pouvons à moindre frais, garder un véritable patrimoine.[42]

 

Au niveau de la recherche universitaire

Cette négation du wallon se rencontre même dans la recherche universitaire qui, devant pourtant être libre de toute contrainte, s’effectue dans le cadre imposé par le système en place.  Ce fait n’est pas nouveau car des archéologues français et allemands n’avaient-ils pas eux aussi tout tenté pour trouver respectivement le plus de traces possibles de présence romaine dans le Maghreb et germanique dans les pays de l’Est afin de justifier le colonialisme des Etats qui les avaient engagés![43]

Ainsi en va-t-il d’études sur l’origine du wallon.  Un professeur illustre de l’U.C.L. n’a un jour pas pu résister à affirmer que le français était “notre langue, notre langue maternelle.”[44]

 

Eradication du wallon dans la presse

Jusque récemment, la presse n’a pas fait de quartier vis-à-vis de la langue wallonne.  Ainsi, les lettres de lecteurs en sa faveur étaient encore pour la plupart censurées, tronquées ou jetées à la poubelle tandis que les opposants s’en donnaient à coeur joie.   En 1980, lors des récentes fêtes de Wallonie, le journal de gauche liégeois La Wallonie publiait un éditorial entièrement rédigé en wallon. C' était un événement dans la mesure où l' on considère le wallon comme apte à dire les réalités quotidiennes et locales mais comme incapable de s' exprimer sur des données plus rationnelles ou universelles: la politique dans un état par exemple .

Aussitôt, le journa1 télévisé y consacrait une importante séquence, des quotidiens reproduisaient l' article in extenso: tout cela avec des traductions, parlées ou écrites, en ... néerlandais. Seule, en effet, la presse flamande avait jugé bon de donner un tel écho à l' article de Joseph Coppé tandis que la chose passait presque inaperçue dans la moitié wallonne du pays.[45]

En 1999, après un concert donné par William Dunker, chanteur de blues wallon aux Francofolies spadoises, un journaliste ne s’est-il pas permis d’affirmer que, vu les peu d’artistes francophones d’envergure cette année-là et une volonté d’ouverture, les organisateurs autorisaient désormais à “baragouiner wallon, corse et même italien …” ?[46]

 


[1] JUCQUOIS,1986,356

[2] BRETON,1976,74-75

[3] ibid.,p.76-77

[4] JUCQUOIS,1976,53

[5] VIROUX,1981

[6] SWENNEN,1980,173

[7] LOGIST,1983

[8] Fanny: chanteuse, in: Libelle Rosita, 6/9/1983

[9] BOVY, 1981

[10] “Génocide culturel: destruction d' un peuple par la destruction de sa culture - 'L' UNESCO a  déclaré en 1967 qu' il y a génocide culturel chaque fois qu'il y exclusion de l' école d' une langue parlée par une collectivité." (LARZAC, 1972,192)

[11] LENFANT,1980,13

[12] /Vilnius / Tallinn/ : in: Russes et Polonais en quête d’un langage commun, LB 1/7/98

[13] CECA,1973,11

[14] MARCELLESI,1979,74-75

[15] ibid., p.75

[16] RUSSIE: la Communauté des ‘Komis’ : Die Sprachverwendung in den traditionellen Komidörfern folgt heute dem klassischen diglossischen Muster: Russisch als die High-Varietät ist das Medium der schriftlichen Kommunikation, des Schulunterrichts und des amtlichen Schriftverkehrs.  Auch private Briefe werden meist auf Russisch geschrieben.  Eine Untersuchung (Rogacev 1984) ergab, dass ein Grossteil jener Komi, die lieber Komi als Russisch sprechen, beim Lesen und Schreiben das Russische bevorzugt und auch bedeutend besser beherrscht.  Komi wird im privaten Bereich und oft auch am Arbeitsplatz gesprochen, aber kaum geschrieben und stellt somit die Low-Varietät dar.  In den sprachlich stärker gemischten Holzarbeitersiedlungen und den Städten ist das Komi noch viel mehr auf den häuslichen Bereich beschränkt und wird oft gar nicht mehr an die nächste Generation weitergegeben.  Es hat ein weit geringeres Prestige als das Russische und ist als,,Dorfsprache" stigmatisiert. (MÜLLER,1998,59)

CHINE: Les Tibétains, les Ouïgours, ... forment des minorités ne vivant certainement pas en harmonie avec le peuple chinois.

USA: “Barker (Social fonctions of language in a Mexican-American community, Acta Americana, p.196, 5, 1947) cite des bilingues de Tucson (Arizona) prêts à nier leur connaissance de l' espagnol en vue d' améliorer leurs relations avec les 'Anglos'.”  (TITONE,1974,53)

 

[17] O.M., Il y a en Belgique des germes de racisme, LB 17/11/98

Le racisme: élément du conflit Flamands-francophones?, Anne Morellin Ludo Dierickx, Dieter Lesage, e.a., éd. Labor et EPO, 328 p, 698 BEF

 

[18] Grouwels grommelle, LB 4/12/98

[19] SOBIELA-CAANITZ,1974,18

[20] WAT A DACH MAT EIS GESCHITT ?,  in: EIS KANNER HUN D'RECHT ALLES GEWUER ZE GIN!, in: ALAS, 33, 1984, p.8

[21] LAMBORELLE, 1999,50

[22] DUFRASNE,1976

[23] CALVET, 1974: Le rôle de la Révolution française

On sait quel fut, dès l'origine, le problème de la révolution.  Elle devait lutter sur ses frontières, en particulier à l'est contre les menaces extérieures. Elle craignait aussi les menaces intérieures .  Et face à ces deux dangers elle ne disposait finalement pour galvaniser ses troupes que du concept de nation.  Aussi le problème linguistique va-t-il être crucial pour elle.  D’une part, on a besoin de trouver le plus vite possible un moyen de communication efficace avec la population.  C'est la fonction du décret du 14 janvier 1790 instituant (p.165) la traduction en langue locale des textes officiels et du décret du 2 octobre 1790 instituant la lecture en français des textes officiels à la fin de la messe dominicale.  Il y a là, dès l'origine, une contradiction évidente, la constituante répondant à un même problème (se faire comprendre du peuple) par deux voies antinomiques (utilisation des langues locales, utilisation du français). 

C'est qu'on ne sait en fait rien de la situation linguistique réelle du pays.  La fiction administrative, depuis l'édit de Villers-Cotterêts, propose une image idyllique de la F'rance où tout le monde (c'est-à-dire, en fait, la bourgeoisie et les clercs) parle français.  Et il est vrai que la classe sociale qui prend le pouvoir en 1789 est, dans la partie non francophone de l'hexagone, elle-même francophone.  Mais cette situation n'a rien à voir avec celle du peuple, la réalité linguistique de la France étant tout autre.  C'est pour la cerner de plus près que Grégoire entame en aoùt 1790, par voie de questionnaire, une enquête sur les langues parlées en France.  Quels chiffres pouvons-nous avancer à ce sujet?  Grégoire ose, dans son Rapport à la Convention, le 30 juillet 1793, la répartition suivante  : quinze départements de l'intérieur seulement utiliseraient la langue de Paris.  Pour le reste, on aurait une population parlant une autre langue que le français, parmi laquelle 3 millions d'habitants parleraient aussi le français,  6 millions le parleraient à peine, 6 millions l'ignoreraient.

C'est-à-dire, si l'on ajoute que la population française était alors d'environ 26 millions, que les 2/5 des « Français » étaient francophones de naissance.  Mais ces chiffres sont ans doute faux par excès d'optimisme.  L’enquête de Grégoire  dans les départements a été menée par des fonctionnaires bien entendu francophones, et qui ne disposaient pas de moyens heuristiques perfectionnés.  Tels quels, pourtant, ces chiffres sont éloquents : la moitié des citoyens français on comprend pas la langue de la révolution.

Cette révolution, ou du moins la partie parisienne de 1a révolution, craint par ailleurs que l'existence de langues autres que le français sur le territoire national ne soit une arme pour l'ennemi, un terrain privilégié pour la subversion. (p.166)

Devant la situation linguistique pour le moins hétérogène, Grégoire se fait centralisateur : «   Je ne puis trop le répéter, il est plus important qu'on ne pense en politique d'extirper cette diversité d'idiomes grossiers qui prolongent l'enfance de la raison et la vieillesse des préjugés. «     Ce passage a au moins le mérite de la franchise: directement inspiré par le racisme linguistique (ses idiomes grossiers rappellent les jargons des encyclopédistes, comme eux mis en liaison avec l'absence de pensée), il pose en outre clairement la nature politique du problème linguistique.  Grégoire sera d'ailleurs suivi et le 21 octobre 1793, la Convention vote une loi instituant les écoles primaires d'État où les enfants apprendront le français.  Il semble d'ailleurs que cette loi ne suffise pas puisque, en quelques mois, les textes et les interventions abondent :

- 26 octobre 1793, décret de la convention rappelant que l'instruction ne se fait qu'en langue française (six jours après la loi sur les écoles primaires que nous venons de citer) ;

- 17 décembre 1793, le comité de salut public interdit l'usage de l'allemand en Alsace ;

- 27 janvier 1794, rapport Barrère: « Chez un peuple libre, la langue doit être une et la même pour tous.« 

- Le même jour, décret ordonnant la nomination dans chaque commune où on ne parle pas français d'un instituteur francophone, décret qui doit être appliqué dans les dix jours.  On précise même que l'enseignement aura lieu un jour pour les garçons et un jour pour les filles, alternativement, et que les jours de décade, l'instituteur lira et traduira (?) les lois au peuple.  Les mesures à finalité glottophage se succèdent donc à un rythme accéléré, mais cette volonté de (p.168) développer l'enseignement et de répandre le français contre les langues locales (les deux buts sont ici inséparables) va se heurter à une impossibilité de fait.  Dès le 3 mars 1794, le Bas-Rhin informe le pouvoir central qu'il est impossible de trouver en Alsace des enseignants francophones, les rares francophones étant soit des ennemis du peuple (curés, ci-devants), soit déjà employés dans l'administration.  Et la convention se rend vite compte que ces difficultés ne sont pas proprement alsaciennes : l'enquête de Guillaume, portant sur 557 districts, montre que l'échec du système est complet.  Aussi changement brusquement de politique: ne pouvant pas imposer le français contre les langues locales, elle va tenter de les enseigner conjointement et autorise l'enseignement bilingue (20 octobre 1794).  En novembre de la même année, le rapport Lakanal sur l'état de l'enseignement viendra d'ailleurs confirmer ce pessimisme: dans certaines régions, la majorité des candidats instituteurs ne sait ni lire ni écrire... (p.169)                

 

[24] DROIXHE, 1989: (sources: not. Brunot, Fernand, Histoire de la langue française, TXI), (1969-1979)

« Pour Liège, Brunot croit pouvoir avancer que   « si l’ idiome usité, le wallon, était un parler roman, il ne se trouvait pas moins que ceux qui n’ en possédaient pas d’ autre avaient quelque peine à s’ entendre avec les Français. » (BRUNOT, p.171). «  ( p.24)

« La réunion de la Belgique à la France, en octobre 1795, devait inévitablement provoquer une radicalisation des mesures linguistiques. «  (p.27)

« C’ est plus tard, sous le Consulat, en 1803 (24 prairial an XI), qu’ interviendra ce que Des Cressonnières appelait ‘la mesure la plus grave que l’ on puisse reprocher au gouvernement.’, l’obligation impérative d’utiliser le français dans les actes publics et privés. » (p.28)

Il existait une  abondante production littéraire dialectale qui dénonçait la Révolution.  (p.31)

 

[25] PIERRET,1984

[26] THIELEMANS,1987,80

[27] MARTIN,1990

cf aussi: “Il suffirait de peu de choses pour que ces langues connaissent un nouvel essor après deux siècles de brimades et de répression: une attitude volontariste des hommes politiques, d’ une part, et, d’ autre part, la volonté de ne pas confier la promotion de ces langues uniquement à des cercles d’ érudits...”

(Un conseil des langues régionales pour quoi faire?, in: DW 74, nov. 91)

[28] Des “boîtes à dénonciations’ figurent partout, en Chine, dans les rues des villes. (p.557)

Au Cambodge, sous Pol Pot, “pour survivre, il fallait d’abord et avant tout savoir mentir, tricher, voler, et rester insensible.” (p.661) (in: Stéphane Courtois, éd., Le livre noir du communisme, Crimes, terreur, répression, éd. Robert Laffont, 1997)

[29] GAZIAUX,1987,par. 54 : “Nous autres, à la ;maison, personne ne parlait français: tout était en wallon!

[30] ibid., par.55

[31] KUREVIC,1983,25

[32] GOOSSE,1977

[33] BARON,1978

[34] HENDSCHEL, s.d.

[35] HUBIN,1996

[36] DW, 119, 1995, p.30

[37] LECOMTE,1998,6

[38] PAQUET,1975

[39] Lu francès à l’ mâjon, Coutcouloudjoû, 18, 1997, p.4

cf aussi N.D., A Saint-Hubert, Emile Pecheur ne s’ interdit plus le wallon, LS 8/12/98

“Lorsqu’il usait ses fonds de culotte sur les bancs de l’école, il / l’ instituteur retraité en 1980/ lui était interdit, ainsi qu’à ses camarades, de marmonner quelques mots ... en wallon.”

[40] MOUZON, 1995,4

[41] Charly Dodet, Quelles chances pour la langue wallonne?, AL 24/6/98

[42] PIERRET,1984

[43] Alain Schnapp, Archéologue, archéologues et nazisme, p.289-315, in: Olender, maurice, éd., Pour Léon Poliakov, Le racisme, mythes et sciences, éd. Complexe, Bruxelles, 1981

(p.312) Chercher à comprendre une conjoncture politique et idéologique, c’est analyser le coomportement de personnes et de groupes, ce n’est pas distribuer éloge ou blâme.  Les erreurs d’interprétation témoignent de la difficulté du genre.  Elle ne doivent pas empêcher de s’interroger sur les promiscuités de la science et de la politique.

La responsabilité collective des universitaires allemands dans le processus de corruption que nous venons de décrire est immense.  On voit cependant qu’elle es ten quelque sorte atténuée par l’absence de toute critique internationale.  Suivant des préjugés encore affirmés de nos jours, chaque groupe de scientifiques est isolé face au pouvoir d’état et la solidarité active de la communauté internationale est tenue pour une ingérence scandaleuse dans les affaires intérieures d’un état.  Les associations internationales en particulier se refusent à toute intervention qu’on peut qualifier de politique.  On voit les conséquances de ce refus de responsabilité morale: il postulede l’archéologie une neutrralité factice que les appareils d’’atats tentent de récupérer.  dans le lent déferlement de la violence contre les peuples, les archéologues nazis sont les héritiers, marqués du sceau de l’infamie, d’une archéologie au service de la raison d’état que les régimes coloniaux ont tristement utilisée.  Doit-on rappeler la longue cohorte des préhistoriens et des antiquisants français au service de l’Algérie française ou la participation de l’illustre paléontologue Leakey à la répression contre les Mau-Mau?  Face à la bonne conscience des disciplines, l’archéologie nazie est là pour porter témoignage des conséquences de la démission de l’esprit scientifique face à la morale et aux droits des peuples. 

 

[44] GOOSSE,1995: Le français est notre langue depuis le 13e siècle au moins, c’est-à-dire depuis que nos ancêtres ont senti le besoin d’écrire autrement qu’en latin.

“J’hésite à remonter plus haut quoique des juges étrangers, non suspects de chauvinisme, localisent chez nous des textes antérieurs, comme la vénérable Cantilène de sainte Eulalie (9e siècle), mais les indices sont délicats à interpréter.

(...) “Le premier document administratif en français est de chez nous: une charte de 1194 donnée par de petits seigneurs locaux à un modeste bourg de notre Hainaut, Chièvres.  La chancellerie du roi de France n’emploiera le français qu’à partir de 1254.  N’ai-je pas raison de dire que le français est vraiment notre langue?”

[45] FONTAINE,1980

[46] TORDOIR, 1999

 

22:13 Écrit par justitia&veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |